Épidémiologie clinique & méthodes modernes
Mesurer un risque : risque relatif, odds ratio, NNT
À partir d'un tableau 2 × 2 : risques, risque relatif, odds ratio, réductions absolue et relative, et nombre de sujets à traiter.
01 · Deux groupes, combien d'événements ?
Comparer un risque, c'est d'abord dresser un tableau 2 × 2 : un groupe exposé (ou traité), un groupe de référence, et pour chacun le nombre de sujets qui subissent l'événement.
Prenons un essai fictif d'un traitement préventif de l'infarctus, suivi 5 ans :
| Infarctus | Pas d'infarctus | Total | |
|---|---|---|---|
| Traitement | 80 | 920 | 1 000 |
| Placebo | 120 | 880 | 1 000 |
Le risque dans un groupe est simplement la proportion de sujets qui subissent l'événement :
Soit 8 % sous traitement contre 12 % sous placebo. Tout le reste — risque relatif, odds ratio, NNT — n'est qu'une façon de résumer l'écart entre ces deux chiffres.
02 · Risque relatif et odds ratio
Le risque relatif (RR) est le rapport des deux risques : combien de fois l'événement est-il plus (ou moins) fréquent sous traitement ?
Un RR de 0,67 signifie que le risque sous traitement vaut les deux tiers du risque sous placebo. Un signifierait « aucun effet » ; , un facteur de risque ; , un facteur protecteur.
L'odds ratio (OR) compare non pas les risques mais les cotes (odds), c'est-à-dire le rapport « événements / non-événements » dans chaque groupe :
Le raccourci « produit en croix » tombe directement à partir des quatre cases du tableau.
03 · Réduction absolue et réduction relative
Deux façons d'exprimer le bénéfice, souvent confondues à dessein dans la communication.
La réduction relative du risque (RRR) est la part de risque supprimée :
La réduction absolue du risque (RRA) est la simple différence des deux risques :
Les deux décrivent le même essai. « Le traitement réduit le risque de 33 % » (relatif) impressionne bien plus que « il fait gagner 4 points » (absolu) — pourtant c'est la même chose.
04 · Le nombre de sujets à traiter (NNT)
La réduction absolue se traduit en une grandeur très parlante au lit du patient : le nombre de sujets à traiter (NNT), c'est-à-dire combien de personnes il faut traiter pour éviter un événement.
Autrement dit : il faut traiter 25 patients pendant 5 ans pour éviter un infarctus. Plus le NNT est petit, plus le traitement est efficace en pratique. Un NNT de 25 est correct pour une prévention ; certaines interventions ont un NNT de 3 (très efficaces), d'autres de plusieurs centaines (bénéfice marginal).
05 · Quand l'odds ratio colle au risque relatif
Sur notre exemple, et : très proches. Ce n'est pas un hasard.
Quand l'événement est rare, le nombre de non-événements est presque égal au total, donc la cote le risque, et l'OR le RR. À l'inverse, quand l'événement est fréquent, l'OR s'écarte du RR et l'exagère systématiquement (il s'en éloigne toujours de 1).
Vérifions sur un événement fréquent : risques 60 % et 40 %.
L'OR (2,25) est bien plus grand que le RR (1,5). Pourquoi alors utiliser l'OR ? Parce qu'il se calcule même quand on ne connaît pas les risques — notamment dans les études cas-témoins (chapitre G-5), où le RR est inaccessible.
06 · À retenir
- Tout part des deux risques, événements total dans chaque groupe.
- Risque relatif (rapport des risques) ; odds ratio (rapport des cotes). : pas d'effet.
- RRR (impressionnante mais trompeuse) ; RRA différence des risques (honnête, dépend du risque de base).
- NNT : nombre de patients à traiter pour éviter un événement — la mesure la plus clinique.
- quand l'événement est rare ; sur événement fréquent, l'OR exagère. L'OR reste indispensable dans les études cas-témoins.
QCM · épreuve 1
QCM
Q1. Un traitement fait passer le risque d'événement de 12 % à 8 %. La réduction relative du risque (RRR) est de :
Q2. Le nombre de sujets à traiter (NNT) se calcule comme :
Q3. L'odds ratio est une bonne approximation du risque relatif surtout quand :