Fondations
Deux façons de se tromper : les risques α et β
Le tableau décision × réalité, le risque α de crier au loup, le risque β de rater une vraie différence, la puissance et le rôle décisif de l'effectif.
01 · Se tromper, mais de deux manières
Au chapitre F-3, on a vu qu'un test peut se tromper : rejeter alors qu'elle est vraie. Mais l'erreur inverse existe aussi : ne pas rejeter alors qu'elle est fausse.
Ces deux fautes n'ont rien à voir l'une avec l'autre. L'une consiste à voir un effet qui n'existe pas, l'autre à manquer un effet qui existe. Les confondre, c'est se condamner à mal lire tout résultat de test.
Pensez au détecteur de fumée. Il peut sonner alors qu'il n'y a pas de feu (fausse alerte), ou rester muet alors que la maison brûle (détection manquée). Aucun réglage ne supprime les deux dangers à la fois : c'est exactement la tension que gère le statisticien.
02 · Le tableau 2×2 : décision contre réalité
Croisons ce qu'on décide (rejeter ou non ) avec ce qui est vrai dans la population (nous l'ignorons, mais la nature, elle, le sait). Quatre cases apparaissent.
| vraie (aucun effet) | fausse (effet réel) | |
|---|---|---|
| On ne rejette pas | Décision correcte | Erreur β (on rate l'effet) |
| On rejette | Erreur α (fausse alerte) | Décision correcte (puissance) |
Les deux diagonales opposées sont les deux erreurs :
- Erreur de première espèce, de risque : rejeter alors qu'elle est vraie. On annonce un effet qui n'existe pas — on crie au loup.
- Erreur de deuxième espèce, de risque : ne pas rejeter alors qu'elle est fausse. On passe à côté d'un effet réel — on rate le loup.
La case en bas à droite, « rejeter quand elle est effectivement fausse », est le succès qu'on recherche : détecter un vrai effet. Sa probabilité, , s'appelle la puissance.
03 · Comment lire le schéma
04 · L'antagonisme α / β
Voici la loi cruelle du test : à effectif fixé, on ne peut pas réduire et en même temps. Ils sont antagonistes.
Reprenez le seuil de décision. Le rendre plus sévère (exiger un encore plus petit, par exemple au lieu de ) diminue les fausses alertes : moins de fois où l'on crie au loup à tort. Mais du même coup, il devient plus difficile de rejeter , même quand elle est fausse : on rate davantage de vrais effets, donc augmente et la puissance baisse.
À l'inverse, un seuil laxiste attrape presque tous les vrais effets ( petit) mais multiplie les fausses alertes ( grand). Le curseur ne supprime pas le risque : il le déplace d'un plateau de la balance à l'autre.
05 · La sortie de secours : augmenter l'effectif
Existe-t-il un moyen de gagner sur les deux tableaux ? Oui, un seul, et il ne coûte que des données : augmenter l'effectif .
Souvenez-vous de l'erreur standard du chapitre F-2 : elle décroît en . Plus l'échantillon est grand, moins les estimations fluctuent, plus les deux « mondes » ( et ) se distinguent nettement. Sur le schéma, les courbes s'éloignent l'une de l'autre : on peut alors placer le seuil de façon à réduire et à la fois.
Un mini-exemple. On veut détecter une baisse de tension artérielle de 5 mmHg (écart-type 10 mmHg), au seuil .
- Avec par groupe, la puissance n'est que d'environ 0,35 : près de deux fois sur trois, on rate cet effet pourtant réel.
- Avec par groupe, la puissance grimpe à environ 0,94 : on ne le rate plus qu'une fois sur seize.
Même effet, même seuil : seul l'effectif a changé. C'est pourquoi toute étude sérieuse calcule sa taille à l'avance, pour viser une puissance suffisante (souvent 80 % ou 90 %).
06 · Piège classique : la puissance oubliée
Une étude conclut « pas de différence significative » () entre deux traitements et en déduit qu'ils sont équivalents. Mais elle ne comptait que 15 patients par groupe.
Avant de conclure à l'équivalence, il faut demander : le test avait-il seulement la puissance de détecter une différence utile ? Si valait 0,30, l'étude était quasiment condamnée à ne rien trouver, effet réel ou non. Son silence n'est pas une preuve d'équivalence, c'est un aveu de faiblesse.
07 · À retenir
- Un test peut se tromper de deux façons distinctes, résumées par le tableau décision × réalité.
- Risque (première espèce) : rejeter à tort, voir un effet qui n'existe pas — la fausse alerte, contrôlée par le seuil (souvent 5 %).
- Risque (deuxième espèce) : ne pas rejeter à tort, rater un effet réel. La puissance est la probabilité de détecter un vrai effet.
- À effectif fixé, et sont antagonistes : durcir le seuil baisse mais monte , et inversement. Le seuil déplace le risque, il ne le supprime pas.
- Le seul moyen de réduire les deux à la fois est d'augmenter l'effectif (l'erreur standard décroît en ). D'où le calcul du nombre de sujets avant l'étude.
- Un résultat non significatif sur un petit échantillon est non concluant, pas négatif : toujours se demander si la puissance était suffisante.
QCM · épreuve 1
QCM
Q1. Un traitement est en réalité efficace, mais le test conclut « pas de différence significative ». De quelle erreur s'agit-il ?
Q2. À seuil α fixé, quel est le moyen le plus direct d'augmenter la puissance d'un test ?