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Le pari statistique et la notion de risque

Comment décider entre deux hypothèses à partir d'un échantillon : le raisonnement par l'absurde, l'hypothèse nulle et le risque d'erreur qu'on accepte de courir.

01 · Décider, c'est parier

Un nouvel antalgique est testé. Dans le groupe traité, la douleur baisse en moyenne un peu plus que dans le groupe placebo. La question brûle les lèvres : cette différence est-elle réelle, ou n'est-ce qu'un coup de chance de l'échantillonnage ?

Vous connaissez maintenant le problème (chapitre F-2) : deux échantillons diffèrent toujours un peu, même tirés de la même urne. Donc observer une différence ne suffit jamais à prouver qu'elle existe dans la population.

Face à cette incertitude, le statisticien ne cherche pas la vérité absolue : il parie. Il fait un pari raisonné, en acceptant d'avance de pouvoir se tromper — mais rarement, et de façon contrôlée. Comprendre ce pari, c'est comprendre l'esprit de tous les tests que vous rencontrerez.

02 · Deux hypothèses en présence

Tout test oppose deux affirmations rivales, entre lesquelles il faut trancher.

  • L'hypothèse nulle H0H_0 : « il n'y a rien à voir ». La différence observée n'est que du bruit d'échantillonnage ; dans la population, l'antalgique ne fait pas mieux que le placebo. C'est l'hypothèse du hasard seul.
  • L'hypothèse alternative H1H_1 : « il se passe quelque chose ». L'antalgique a un effet réel, la différence n'est pas due au seul hasard.

Pourquoi ce nom d'hypothèse « nulle » ? Parce qu'elle énonce presque toujours une absence : différence nulle, effet nul, écart nul. C'est l'hypothèse de la prudence, du « statu quo ».

03 · Le raisonnement par l'absurde du statisticien

Le mécanisme est celui d'un raisonnement par l'absurde, emprunté à la logique mais teinté de probabilités.

On commence par supposer H0H_0 vraie : admettons que le hasard seul soit à l'œuvre. Puis on calcule : si c'était vrai, quelle serait la probabilité d'observer une différence aussi grande que celle que j'ai sous les yeux ?

  • Si cette probabilité est confortable, l'observation est banale sous H0H_0. Le hasard suffit à l'expliquer : on ne rejette pas H0H_0.
  • Si cette probabilité est minuscule, l'observation serait un quasi-miracle sous H0H_0. Plutôt que de croire au miracle, on préfère abandonner l'hypothèse de départ : on rejette H0H_0 au profit de H1H_1.

Cette probabilité-clé, « la chance d'observer un écart au moins aussi extrême si H0H_0 est vraie », est le fameux degré de signification, noté pp.

04 · Un seuil, un pari, un risque

Reste à fixer la frontière entre « confortable » et « minuscule ». On choisit à l'avance un seuil, le risque de première espèce α\alpha, presque toujours pris à α=0,05\alpha = 0{,}05 (5 %).

La règle de décision devient limpide :

si p≤α⇒on rejette H0si p>α⇒on ne rejette pas H0\text{si } p \le \alpha \Rightarrow \text{on rejette } H_0 \qquad \text{si } p > \alpha \Rightarrow \text{on ne rejette pas } H_0

Prenons un exemple chiffré. Vous comparez la fréquence de guérison entre deux traitements et le test renvoie p=0,013p = 0{,}013. Comme 0,013≤0,050{,}013 \le 0{,}05, vous rejetez H0H_0 : la différence est dite statistiquement significative.

Mais voici le cœur du pari : ce p=0,013p = 0{,}013 signifie que, même si H0H_0 était vraie, un écart aussi marqué surviendrait par pur hasard environ 13 fois sur 1000. Vous rejetez H0H_0 tout en sachant qu'il vous reste une petite chance de vous tromper. En fixant α=0,05\alpha = 0{,}05, vous acceptez d'avance de rejeter H0H_0 à tort dans au plus 5 % des cas où elle est vraie.

05 · On ne prouve jamais H0

Piège symétrique, tout aussi fréquent. Que faire quand p=0,30p = 0{,}30, donc quand on ne rejette pas H0H_0 ?

La tentation est de conclure « il n'y a pas de différence ». C'est une faute. Ne pas rejeter H0H_0 signifie seulement que les données sont compatibles avec le hasard, pas que le hasard soit la vraie explication. Peut-être n'y a-t-il aucun effet ; peut-être y en a-t-il un, mais votre échantillon était trop petit pour le détecter.

Ce déséquilibre — rejeter est fort, ne pas rejeter est faible — annonce directement le chapitre suivant : il existe deux façons distinctes de se tromper, et elles n'ont ni le même nom, ni le même risque.

06 · À retenir

  • Décider en statistique, c'est parier sur une population à partir d'un échantillon, en acceptant d'avance un risque d'erreur maîtrisé.
  • Tout test oppose H0H_0 (le hasard seul, aucune différence réelle) à H1H_1 (un effet réel existe).
  • On raisonne par l'absurde : on suppose H0H_0 vraie, puis on calcule le degré de signification pp = probabilité d'un écart au moins aussi extrême sous H0H_0.
  • Règle : p≤α⇒p \le \alpha \Rightarrow on rejette H0H_0 ; p>α⇒p > \alpha \Rightarrow on ne rejette pas. Le seuil α\alpha (souvent 5 %) est fixé à l'avance : c'est le risque assumé de rejeter H0H_0 à tort.
  • On ne prouve jamais H0H_0. Rejeter est une conclusion forte ; ne pas rejeter signifie seulement « compatible avec le hasard ». L'absence de preuve n'est pas la preuve de l'absence.

QCM · épreuve 1

QCM

Q1. Dans un test statistique, l'hypothèse nulle H0 énonce en général :

Q2. Un test ne montre pas de différence significative (p = 0,30). Que peut-on conclure ?

Sources

Citer cette page

Berrah R. Le pari statistique et la notion de risque. Stat & Biologie, 2026. https://rberrah.github.io/stats/chapitres/f-3-pari-risque/

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Auteur : Racym Berrah. Contenu réutilisable sous licence CC BY-SA 4.0.

Dernière révision : 2026-07-09 Signaler une erreur
Contenu pédagogique original · Texte sous licence CC BY-SA 4.0 · Code du site sous licence MIT Écrit et maintenu par Racym Berrah, PharmD, doctorant en pharmacologie · Une erreur ? Signalez-la
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