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Stratégie & synthèse

α, β, puissance et taille d'échantillon : la synthèse

Le risque α qu'on fixe, le risque β qui dépend de l'effet et de l'effectif, la puissance qui les relie, et pourquoi « non significatif » ne veut jamais dire « pas de différence ».

01 · Deux façons de se tromper

Chaque fois qu'on conclut un test, on peut se tromper de deux manières opposées. Toute cette synthèse consiste à les nommer, les mesurer, et comprendre ce qui les gouverne.

  • Conclure à une différence qui n'existe pas : le test « détecte » un effet dû au seul hasard de l'échantillonnage. C'est le faux positif, dont le risque se note α\alpha (risque de première espèce).
  • Rater une différence qui existe : l'effet est réel mais le test ne le voit pas. C'est le faux négatif, dont le risque se note β\beta (risque de deuxième espèce).

Ces deux risques ne se comportent pas du tout de la même façon. L'un se décide, l'autre se subit (en partie). C'est cette asymétrie qu'il faut maîtriser.

02 · α : un risque que l'on fixe d'avance

Le risque α\alpha a une propriété remarquable : c'est vous qui le choisissez, avant l'expérience. Par convention on prend le plus souvent α=0,05\alpha = 0{,}05, soit 5 % de chance de crier au loup à tort.

Ce seuil est un contrat : « je n'accepte de conclure à une différence que si ce que j'observe avait moins de 5 % de chance d'arriver par pur hasard sous l'hypothèse nulle ». C'est pourquoi on rejette l'hypothèse nulle quand p<αp < \alpha.

Baisser α\alpha (par exemple à 0,01) rend le test plus prudent : moins de faux positifs. Mais rien n'est gratuit — nous allons voir que cette prudence se paie en risque de rater les vraies différences.

03 · β : un risque qui dépend de l'effet et de l'effectif

Le risque β\beta est d'une tout autre nature : on ne le fixe pas, il résulte de la situation. Trois leviers le commandent :

  • La taille de l'effet réel. Une grosse différence est facile à détecter → β\beta petit. Une différence minuscule se noie dans le bruit → β\beta grand. Un effet énorme ne se rate presque jamais ; un effet ténu se rate souvent.
  • L'effectif nn. Plus l'échantillon est grand, plus la fluctuation d'échantillonnage est faible, plus une vraie différence ressort → β\beta diminue quand nn augmente. C'est le levier que l'expérimentateur maîtrise le mieux.
  • Le risque α\alpha choisi et la variabilité. Rendre le test plus prudent (baisser α\alpha) augmente mécaniquement β\beta : les deux risques tirent en sens inverse. Et plus les données sont dispersées (grand écart-type), plus β\beta grimpe.

04 · Visualiser le jeu des deux risques

Le schéma montre les deux distributions en présence : celle attendue si l'hypothèse nulle est vraie (pas de différence) et celle attendue si la différence réelle existe. Le seuil de décision, fixé par α\alpha, sépare la zone où l'on conclut « différence » de celle où l'on conclut « rien ».

Les deux courbes se chevauchent : c'est dans ce recouvrement que naissent les deux erreurs. La queue de la courbe nulle qui déborde au-delà du seuil, c'est α\alpha. La part de la courbe « effet réel » qui reste en deçà du seuil, c'est β\beta.

05 · La puissance : la capacité à voir ce qui existe

On préfère souvent raisonner sur le complément de β\beta : la puissance, définie par

puissance=1−β\text{puissance} = 1 - \beta

C'est la probabilité de détecter une différence quand elle existe vraiment. Une puissance de 0,80 signifie : « si l'effet est réel, j'ai 80 % de chances de le mettre en évidence » (et donc 20 % de le rater). Par convention, on vise au moins 0,80, parfois 0,90.

Tout ce qui fait baisser β\beta fait monter la puissance : un effet plus grand, un échantillon plus grand, une variabilité plus faible. La puissance est donc la qualité d'un test à détecter, et c'est elle qu'on cherche à garantir avant de lancer une étude.

06 · Le nombre de sujets nécessaire

Renversons la logique. Au lieu de subir β\beta, on décide à l'avance de la puissance voulue et on en déduit l'effectif à recruter. C'est le calcul du nombre de sujets nécessaire (NSN), étape obligatoire de tout protocole sérieux.

Pour le lancer, il faut fixer quatre ingrédients :

  1. le risque α\alpha (souvent 0,05) ;
  2. la puissance voulue 1−β1-\beta (souvent 0,80) ;
  3. la différence minimale que l'on juge cliniquement intéressante de détecter ;
  4. la variabilité attendue (écart-type, estimé par la littérature ou un pré-essai).

L'intuition de la formule : l'effectif nécessaire augmente avec la variabilité et avec l'exigence de puissance, mais s'effondre quand la différence à détecter est grande. Pour une comparaison de moyennes, nn varie comme le carré de l'écart-type divisé par le carré de la différence visée :

n ∝ σ2Δ2n \ \propto\ \frac{\sigma^2}{\Delta^2}

Traduction concrète : vouloir détecter une différence deux fois plus petite exige environ quatre fois plus de sujets. C'est pourquoi les petits effets cliniques coûtent des essais gigantesques.

07 · « Non significatif » n'est pas « pas de différence »

Voici la confusion la plus lourde de conséquences en lecture d'article, et la synthèse de tout ce chapitre.

Un résultat non significatif (p>αp > \alpha) signifie seulement : « je n'ai pas réuni assez de preuves pour rejeter l'hypothèse nulle ». Cela ne prouve pas que l'hypothèse nulle est vraie. L'absence de preuve n'est pas la preuve de l'absence.

Pourquoi ? Parce qu'un pp non significatif peut venir de deux mondes très différents : soit il n'y a réellement aucune différence, soit il y en a une mais l'étude, trop peu puissante (effectif trop faible), n'a pas su la voir. Un essai sur 12 patients qui ne « trouve rien » n'a le plus souvent rien trouvé faute d'yeux, pas faute d'objet.

Le bon réflexe devant un résultat négatif : regarder l'intervalle de confiance de la différence et l'effectif. Un intervalle large qui englobe des effets cliniquement importants signe un manque de puissance, non une équivalence.

08 · À retenir

  • Deux erreurs : faux positif (risque α\alpha) et faux négatif (risque β\beta).
  • α\alpha est fixé a priori (souvent 0,05) ; il ne dépend pas des données.
  • β\beta dépend de la taille de l'effet, de l'effectif nn, de la variabilité et de α\alpha. À nn fixé, α\alpha et β\beta varient en sens inverse.
  • La puissance =1−β= 1 - \beta est la capacité à détecter un effet réel ; on la vise à 0,80 au minimum. On l'augmente surtout en augmentant nn.
  • Le nombre de sujets nécessaire se calcule avant l'étude à partir de α\alpha, de la puissance, de la différence à détecter et de la variabilité : n∝σ2/Δ2n \propto \sigma^2 / \Delta^2 (viser un effet deux fois plus petit ≈ quatre fois plus de sujets).
  • « Non significatif » ≠ « pas de différence » : un résultat négatif peut simplement traduire un manque de puissance. L'absence de preuve n'est pas la preuve de l'absence.

QCM · épreuve 1

QCM

Q1. Le risque β (deuxième espèce) dépend de plusieurs facteurs. Lequel N'influence PAS β ?

Q2. Un essai ne trouve pas de différence significative (p > 0,05) entre deux traitements, mais n'incluait que 12 patients. La conclusion correcte est :

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