Tests non paramétriques
Séries appariées : le test T de Wilcoxon
Pour des mesures avant/après sur les mêmes sujets : calculer les différences intra-paires, ranger leurs valeurs absolues, sommer les rangs par signe — l'équivalent non paramétrique du t apparié.
01 · Deux mesures sur le même sujet
Certaines expériences ne comparent pas deux groupes de sujets, mais deux mesures prises sur les mêmes sujets : une pression artérielle avant et après un traitement, une douleur mesurée à gauche et à droite chez chaque patient, un dosage réalisé le matin puis le soir. On parle de séries appariées.
Cet appariement est une chance : chaque sujet est son propre témoin. La variabilité entre individus (l'un a naturellement une tension plus haute que l'autre) s'annule, puisqu'on ne regarde que ce qui a changé chez chacun.
Sur données normales, ce cas relève du apparié. Quand la normalité des différences est douteuse ou l'effectif petit, on lui substitue le test T de Wilcoxon pour séries appariées — à ne pas confondre avec le Mann-Whitney du chapitre précédent, qui, lui, concerne des groupes indépendants.
02 · L'idée : ranger les différences signées
Le raisonnement se fait en quatre gestes.
- Calculer la différence pour chaque paire (par exemple après moins avant).
- Écarter les différences nulles : un sujet qui n'a pas bougé n'apporte aucune information sur le sens du changement. On réduit l'effectif en conséquence.
- Ranger les valeurs absolues , de la plus petite (rang 1) à la plus grande. On oublie provisoirement le signe.
- Rattacher le signe à chaque rang, puis sommer séparément :
- = somme des rangs des différences positives,
- = somme des rangs des différences négatives.
Si le traitement n'avait aucun effet, hausses et baisses se répartiraient au hasard, et serait proche de . Si le traitement agit dans un sens, l'une des deux sommes s'effondre.
La statistique de test est la plus petite des deux :
03 · Un exemple chiffré complet
On mesure la pression artérielle systolique (mmHg) chez huit patients hypertendus, avant puis après quatre semaines d'un nouveau traitement.
| Patient | Avant | Après | (après − avant) | |
|---|---|---|---|---|
| 1 | 158 | 149 | −9 | 9 |
| 2 | 145 | 142 | −3 | 3 |
| 3 | 162 | 150 | −12 | 12 |
| 4 | 150 | 151 | +1 | 1 |
| 5 | 171 | 155 | −16 | 16 |
| 6 | 148 | 141 | −7 | 7 |
| 7 | 165 | 165 | 0 | — |
| 8 | 155 | 150 | −5 | 5 |
Le patient 7 n'a pas bougé : on l'écarte. Il reste paires exploitables.
Rangs des valeurs absolues (de la plus petite à la plus grande) :
| | 1 | 3 | 5 | 7 | 9 | 12 | 16 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Signe | + | − | − | − | − | − | − |
| Rang | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 |
Une seule différence est positive (patient 4, rang 1). D'où :
Contrôle : . ✓ La statistique retenue est .
04 · La décision : lire la table du T de Wilcoxon
Un petit signifie que presque tous les changements vont dans le même sens : effet net. Un grand (proche de la moitié de ) signifie que hausses et baisses s'équilibrent : pas d'effet.
Comme pour Mann-Whitney, on compare à une valeur critique tabulée. La règle est identique :
Pour , au risque bilatéral , la table donne une valeur critique de 2. Notre : on rejette l'hypothèse nulle. Le traitement abaisse significativement la pression artérielle. Six patients sur huit ont vu leur tension baisser, un seul est monté — et de 1 mmHg —, un n'a pas bougé ; les baisses concentrent l'essentiel des rangs, ce que le hasard seul expliquerait mal.
05 · Ce que le T apparié capte (et ce qu'il ignore)
Le test T de Wilcoxon est plus fin qu'un simple test des signes, qui se contenterait de compter combien de patients montent et combien descendent (ici 1 contre 6). En rangeant les différences par amplitude, Wilcoxon tient compte du fait que les baisses observées sont, pour la plupart, importantes (−9, −12, −16) tandis que la seule hausse est minuscule (+1). Cette prise en compte de l'ampleur relative lui confère plus de puissance que le test des signes.
Il reste néanmoins non paramétrique : il n'utilise pas la valeur exacte des différences, seulement leur classement. Une baisse de 16 mmHg ne compte pas « comme 16 » mais « comme la plus grande » : elle reçoit le rang 7, un point c'est tout.
06 · Piège : la symétrie et le sens de la différence
Deux précautions valent d'être soulignées.
Le sens de la soustraction n'a aucune importance pour la décision : que vous calculiez « après − avant » ou « avant − après », vous ne faites qu'échanger et . Or est le minimum des deux : il ne change pas. En revanche, pour interpréter le résultat (le traitement fait-il baisser ou monter ?), gardez en tête la convention choisie.
07 · À retenir
- Le test T de Wilcoxon apparié est l'équivalent non paramétrique du apparié : deux mesures sur les mêmes sujets (avant / après).
- Méthode : calculer les différences , écarter les nulles, ranger les , puis sommer les rangs par signe en et ; la statistique est .
- Sur notre exemple ( après exclusion d'une paire nulle) : , , donc ; valeur critique à 5 % bilatéral, on rejette l'hypothèse nulle.
- Décision : rejet si valeur critique de la table.
- Il est plus puissant que le test des signes (il tient compte de l'amplitude des différences) mais suppose leur distribution à peu près symétrique.
QCM · épreuve 1
QCM
Q1. Dans le test T de Wilcoxon pour séries appariées, sur quoi porte le classement en rangs ?
Q2. Que fait-on d'une paire dont la différence avant/après est exactement nulle ?