Deux variables quantitatives
La droite de régression : estimation et prédiction
Comment la méthode des moindres carrés ajuste la droite y = ax + b, ce que valent pente et prédiction, et pourquoi extrapoler hors du domaine observé est dangereux.
01 · Une droite pour résumer la tendance
La corrélation nous a dit qu'il vaut la peine de prédire la PAS à partir de l'âge (). Reste à savoir comment. On veut une règle : « à tel âge, telle PAS attendue ». Géométriquement, on cherche la droite qui passe au mieux à travers le nuage.
Mais « au mieux » selon quel critère ? Une infinité de droites traversent un nuage. Il faut une définition précise du meilleur ajustement — et c'est là qu'intervient la méthode des moindres carrés.
La droite s'écrit :
où est la pente (de combien change quand augmente d'une unité) et l'ordonnée à l'origine (la valeur de prédite quand ).
02 · La droite des moindres carrés
Pour chaque individu, l'écart vertical entre son point et la droite s'appelle le résidu : c'est l'erreur de prédiction pour ce sujet. Une bonne droite rend ces résidus globalement petits.
La méthode des moindres carrés choisit la droite qui rend minimale la somme des carrés des résidus. Pourquoi les carrés ? Pour que les écarts positifs et négatifs ne s'annulent pas, et pour pénaliser lourdement les grosses erreurs.
Cette droite a deux propriétés remarquables : elle passe toujours par le point moyen , et sa pente se calcule directement à partir des mêmes sommes que :
03 · Pente et ordonnée : le calcul
Sur nos cinq adultes, nous avions et , avec et . D'où :
La droite est donc :
La pente est le résultat le plus important. Ici mmHg par année : en moyenne, un an de plus s'accompagne de mmHg de PAS. L'ordonnée mmHg serait la PAS « prédite » à l'âge — une valeur formelle, dénuée de sens biologique ici, sur laquelle nous reviendrons.
04 · Prédire — et avec quelle incertitude
La droite sert à prédire. Pour un patient de 45 ans :
Mais ce est une moyenne attendue, pas une certitude. Les points réels s'écartaient de la droite ; un nouveau patient de 45 ans en fera autant. On mesure cette dispersion résiduelle par l'écart-type des résidus :
Concrètement, la vraie PAS de ce patient a de bonnes chances de tomber à quelques mmHg (environ deux écarts-types) autour de . Une prédiction sans son incertitude est trompeuse : elle donne une fausse impression de précision.
05 · Piège : l'extrapolation
La droite a été ajustée entre 30 et 70 ans. Rien n'autorise à l'utiliser en dehors.
Prédisons la PAS d'un nouveau-né () : le modèle annonce mmHg — plausible par accident. Prédisons celle d'un centenaire () : mmHg, ou pour un âge de 200 ans, une valeur absurde. La relation n'est linéaire que dans la plage observée ; hors de cette plage, on ne sait rien, et la droite ment avec assurance.
06 · À retenir
- La régression cherche la droite des moindres carrés : celle qui minimise la somme des carrés des résidus (écarts verticaux points-droite).
- Elle passe par le point moyen ; sa pente dit de combien varie par unité de , son ordonnée la valeur prédite en .
- Pente ≠ coefficient : a une unité et dépend des échelles, est un nombre pur.
- Une prédiction est une moyenne attendue, toujours entachée d'incertitude (écart-type des résidus ).
- Ne jamais extrapoler hors de la plage des observés : la droite y devient une pure spéculation.
QCM · épreuve 1
QCM
Q1. La droite de régression de la PAS sur l'âge est y = 0,80 x + 97 (x en années, y en mmHg). Comment interpréter la pente 0,80 ?
Q2. Pourquoi la méthode s'appelle-t-elle « moindres carrés » ?