Qualitative × quantitative
Petits échantillons et conditions d'application
Quand n est petit : le rôle décisif de la normalité, la loi de Student et les limites des tests paramétriques.
01 · Quand chaque sujet compte double
En recherche clinique, on aimerait toujours des centaines de patients. La réalité impose souvent le contraire : maladie rare, expérience coûteuse, contrainte éthique. On se retrouve à conclure sur 6, 8 ou 10 sujets.
Or les grands échantillons pardonnent beaucoup : le théorème central limite (B-1) y répare presque tous les défauts. Les petits échantillons ne pardonnent rien. Ce chapitre fait le point sur ce qui devient crucial quand est petit — et sur ce qu'il ne faut plus se permettre.
02 · La normalité, secours perdu
Souvenez-vous du théorème central limite : la moyenne d'un échantillon tend vers une loi normale quelle que soit la distribution des individus, pourvu que soit assez grand. C'est ce qui autorisait à ne pas trop se soucier de la forme des données brutes.
Sur un petit échantillon, ce filet de sécurité disparaît. Avec , la moyenne n'est normale que si les données elles-mêmes le sont, ou presque.
Conséquence pratique : sur un petit effectif, il faut se demander sérieusement si la grandeur mesurée peut être supposée normale (souvent oui pour une taille, une concentration ; souvent non pour un délai de survie ou un titre d'anticorps, fortement asymétriques).
03 · La loi de Student : payer l'incertitude sur la variance
Un second problème surgit. Sur peu de données, non seulement la moyenne est mal connue, mais la variance elle-même est mal estimée : avec 5 valeurs, peut tomber, par malchance, bien trop petit.
Si l'on utilisait la loi normale (qui suppose connu), on serait trop optimiste. La loi de Student corrige exactement cela : elle a la même cloche que la loi normale mais des queues plus épaisses, d'autant plus épaisses que est petit. Elle exige donc un plus grand pour déclarer une différence — une prudence supplémentaire qui compense l'incertitude sur .
Quelques seuils à 5 % (bilatéral) montrent le prix de la petitesse :
- (loi normale)
Avec 5 sujets (), il faut ; avec un grand échantillon, 1,96 suffit. La loi de Student est la loi des petits échantillons.
04 · Le prix caché : le manque de puissance
Un petit échantillon a une conséquence redoutable et souvent oubliée : sa faible puissance. L'erreur-standard est grande, l'intervalle de confiance large, le seuil de Student élevé. Résultat : même un effet réel et important a de bonnes chances de passer inaperçu.
05 · Quand les conditions ne tiennent pas
Que faire si, sur un petit échantillon, la normalité est manifestement fausse (données très asymétriques, valeur extrême isolée) ? Le test n'est alors plus fiable. Trois voies :
- Transformer les données (par exemple passer au logarithme) pour les rapprocher de la normalité — fréquent pour les concentrations et les titres.
- Recourir aux tests non paramétriques (Mann-Whitney, Wilcoxon…), qui ne supposent pas la normalité et travaillent sur les rangs plutôt que sur les valeurs.
- Augmenter l'effectif quand c'est possible — le remède le plus radical, qui restaure à la fois la normalité de la moyenne et la puissance.
06 · Piège classique
07 · À retenir
- Les grands échantillons pardonnent (TCL) ; les petits échantillons ne pardonnent rien.
- Sur petit , la normalité des données redevient une vraie condition : le théorème central limite ne la remplace plus.
- La loi de Student, à queues épaisses, compense l'incertitude sur la variance estimée : elle exige un plus grand (2,78 pour contre 1,96 pour grand).
- Petit = faible puissance : un résultat non significatif ne prouve pas l'absence d'effet (« absence de preuve » ≠ « preuve d'absence »).
- Si la normalité est douteuse : transformer les données, employer un test non paramétrique, ou augmenter l'effectif.
QCM · épreuve 1
QCM
Q1. Pourquoi la normalité des données est-elle plus critique sur un petit échantillon que sur un grand ?
Q2. À quoi sert la loi de Student, avec ses queues plus épaisses que la loi normale ?