← Disciplines

Qualitative × quantitative

Séries appariées : la méthode des couples

Quand chaque sujet est son propre témoin : analyser les différences intra-paires pour éliminer la variabilité entre sujets.

01 · Chaque sujet, son propre témoin

On veut évaluer un régime hypocholestérolémiant. Première stratégie : deux groupes indépendants (traités contre témoins), comparés par un test tt (B-4). Deuxième stratégie, plus fine : mesurer le cholestérol chez les mêmes patients avant et après le régime.

Dans ce second plan, chaque patient sert de référence à lui-même. On ne compare plus des personnes différentes entre elles, mais un état à un autre état chez la même personne. C'est le principe des séries appariées, ou méthode des couples.

Les paires peuvent aussi être des sujets rapprochés artificiellement : jumeaux, œil droit / œil gauche, ou patients appariés sur l'âge et le sexe. L'essentiel est qu'à l'intérieur d'une paire, les deux mesures soient naturellement proches.

02 · L'idée-force : neutraliser la variabilité entre sujets

Pourquoi ce plan est-il si puissant ? Parce que la plus grosse source de bruit en biologie, c'est la différence entre individus. Un patient peut avoir un cholestérol de base à 2,8 g/L, un autre à 1,6 g/L — un gouffre qui n'a rien à voir avec le traitement.

En comparant chaque patient à lui-même, cette variabilité inter-sujets disparaît purement et simplement du calcul. Peu importe le niveau de départ : seul compte le changement individuel. On isole ainsi l'effet du traitement du bruit qui le masquait.

03 · La mécanique : le test t apparié

Pour chaque paire ii, on calcule la différence :

di=xiapreˋs−xiavantd_i = x_i^{\text{après}} - x_i^{\text{avant}}

On ne s'occupe ensuite que de ces différences. Question : leur moyenne dˉ\bar{d} diffère-t-elle de zéro ? Si le traitement est sans effet, les did_i oscillent autour de 0. Le test devient une simple comparaison d'une moyenne à la valeur théorique 0 (voir B-3) :

t=dˉsd/nt = \frac{\bar{d}}{s_d / \sqrt{n}}

où sds_d est l'écart-type des différences et nn le nombre de paires. On compare tt à la table de Student à ν=n−1\nu = n - 1 degrés de liberté.

Remarquez le nombre de degrés de liberté : n−1n - 1, où nn est le nombre de paires, et non n1+n2−2n_1 + n_2 - 2 comme dans le test à deux échantillons.

04 · Un exemple chiffré

Cholestérol total (g/L) chez 6 patients, avant et après régime :

Patient Avant Après dd
1 2,60 2,40 −0,20
2 2,10 2,05 −0,05
3 2,90 2,55 −0,35
4 1,80 1,70 −0,10
5 2,40 2,10 −0,30
6 2,20 2,00 −0,20

Moyenne des différences : dˉ=−1,20/6=−0,20\bar{d} = -1{,}20 / 6 = -0{,}20 g/L. L'écart-type des did_i vaut environ sd≈0,11s_d \approx 0{,}11 g/L. Erreur-standard :

sdn=0,116≈0,045\frac{s_d}{\sqrt{n}} = \frac{0{,}11}{\sqrt{6}} \approx 0{,}045
t=−0,200,045≈−4,4t = \frac{-0{,}20}{0{,}045} \approx -4{,}4

Avec ν=5\nu = 5 degrés de liberté, le seuil à 5 % est 2,57. Comme ∣−4,4∣>2,57|{-4{,}4}| > 2{,}57, la baisse de 0,20 g/L est significative : le régime abaisse réellement le cholestérol.

05 · Le gain de puissance, concrètement

Frappant : les cholestérols de base allaient de 1,80 à 2,90 g/L — une dispersion colossale. Un test à deux groupes indépendants aurait noyé la baisse de 0,20 dans cette variabilité et aurait sans doute conclu à la non-significativité.

L'appariement fait s'évaporer cette dispersion : les différences did_i, elles, sont toutes serrées entre −0,05 et −0,35. Le signal ressort net. À effectif égal, un plan apparié est bien plus puissant — il détecte des effets qu'un plan indépendant manquerait, précisément parce qu'il a supprimé le bruit dominant.

06 · Piège classique

07 · À retenir

  • Série appariée : chaque sujet (ou paire) est son propre témoin — avant/après, jumeaux, œil droit/gauche…
  • On ne calcule qu'une seule série : les différences intra-paires did_i.
  • Le test devient une comparaison de dˉ\bar{d} à zéro : t=dˉ/(sd/n)t = \bar{d}/(s_d/\sqrt{n}), à ν=n−1\nu = n-1 degrés de liberté (nn = nombre de paires).
  • Avantage majeur : la variabilité entre sujets est éliminée → gain de puissance à effectif égal.
  • Piège : ne pas analyser un plan apparié comme deux groupes indépendants ; la normalité concerne les différences.

QCM · épreuve 1

QCM

Q1. Quel est l'avantage décisif d'un plan apparié (avant/après chez les mêmes sujets) par rapport à deux groupes indépendants ?

Q2. Sur quelle grandeur porte réellement le calcul dans un test t apparié ?

Sources

Citer cette page

Berrah R. Séries appariées : la méthode des couples. Stat & Biologie, 2026. https://rberrah.github.io/stats/chapitres/b-5-series-appariees/

@misc{berrah_b-5-series-appariees_2026,
  author       = {Berrah, Racym},
  title        = {{Séries appariées : la méthode des couples}},
  howpublished = {Stat \& Biologie — cours de biostatistique en ligne},
  year         = {2026},
  url          = {https://rberrah.github.io/stats/chapitres/b-5-series-appariees/},
  note         = {Chapitre du cours en ligne « Stat \& Biologie ». Licence CC BY-SA 4.0.}
}

Auteur : Racym Berrah. Contenu réutilisable sous licence CC BY-SA 4.0.

Dernière révision : 2026-07-09 Signaler une erreur
Contenu pédagogique original · Texte sous licence CC BY-SA 4.0 · Code du site sous licence MIT Écrit et maintenu par Racym Berrah, PharmD, doctorant en pharmacologie · Une erreur ? Signalez-la
Cours de biostatistique original — support pédagogique, ne remplace pas un cours complet ni les ouvrages de référence.