Qualitative × quantitative
Estimer la moyenne et la variance d'une population
De l'échantillon à la population : moyenne observée, variance estimée avec (n−1) au dénominateur, et la notion de biais.
01 · Le problème de fond
On ne connaît presque jamais la vraie moyenne ni le vrai écart-type d'une population : mesurer tous les diabétiques de France est impossible. On travaille sur un échantillon et on cherche à deviner les valeurs de la population à partir de lui. C'est l'estimation.
Deux grandeurs nous intéressent : la moyenne (où se situe le centre ?) et la variance (à quel point les valeurs sont-elles dispersées ?). Les estimer correctement conditionne tous les tests qui suivront.
02 · Estimer la moyenne : le cas facile
Pour la moyenne, l'intuition tombe juste : la meilleure estimation de la moyenne de la population est tout simplement la moyenne de l'échantillon :
Prenons la kaliémie de 5 patients : 3,8 — 4,2 — 4,0 — 4,5 — 4,0 mmol/L. Leur somme vaut 20,5, donc
Cette valeur est un estimateur sans biais : si l'on répétait l'échantillonnage un très grand nombre de fois, la moyenne des obtenus tomberait pile sur . Rien de subtil ici — la difficulté est ailleurs.
03 · Estimer la variance : la surprise du (n−1)
La variance mesure la dispersion : la moyenne des carrés des écarts à la moyenne. On serait tenté d'écrire, très naturellement :
Or cette formule sous-estime systématiquement la vraie variance. La bonne estimation utilise au dénominateur :
Sur nos 5 kaliémies, les écarts à 4,1 sont −0,3 ; +0,1 ; −0,1 ; +0,4 ; −0,1. Somme des carrés :
Diviser par aurait donné 0,056, soit une dispersion trompeusement plus faible.
04 · Pourquoi (n−1) ? Les degrés de liberté
Voici l'idée profonde. Les écarts sont calculés autour de , la moyenne de l'échantillon, et non autour de la vraie moyenne (qu'on ignore). Or, par construction, les écarts à ont une propriété rigide : leur somme est toujours nulle.
Conséquence : une fois que vous connaissez de ces écarts, le dernier est entièrement déterminé — il n'a plus aucune liberté. Sur écarts, seuls sont réellement « libres » : c'est le nombre de degrés de liberté.
est, par définition, le point le plus proche possible de toutes les données de l'échantillon. Les écarts à sont donc un peu plus petits que les écarts à . Diviser par au lieu de compense exactement ce rétrécissement.
05 · La notion de biais
Un estimateur est sans biais s'il tombe juste en moyenne : en le calculant sur une infinité d'échantillons, la moyenne de ses valeurs coïncide avec la vraie valeur cherchée.
- est sans biais pour .
- avec est sans biais pour .
- La version avec est biaisée : elle vise trop bas en moyenne.
Attention : « sans biais » ne veut pas dire « exact ». Sur votre échantillon précis, peut fort bien s'écarter de . Le biais parle du comportement moyen à long terme, pas d'une réalisation isolée.
06 · Piège classique
07 · À retenir
- La meilleure estimation de est la moyenne observée : estimateur sans biais.
- La variance de la population s'estime par : le dénominateur est , pas .
- Raison : les écarts sont pris autour de , dont la somme est nulle ; il ne reste que degrés de liberté.
- Diviser par sous-estime la variance (estimateur biaisé) ; le biais est surtout sensible quand est petit.
- Sans biais = juste en moyenne sur tous les échantillons, ce qui n'implique pas exact sur un échantillon donné.
QCM · épreuve 1
QCM
Q1. Pourquoi divise-t-on la somme des carrés des écarts par (n−1) et non par n pour estimer la variance d'une population ?
Q2. Un estimateur est dit sans biais lorsque :