Qualitative × quantitative
Fluctuations d'échantillonnage d'une moyenne : la loi normale
Pourquoi la moyenne d'un échantillon fluctue moins que les individus : erreur-standard et théorème central limite.
01 · Un individu n'est pas une moyenne
Imaginez que vous dosiez la ferritine chez des adultes en bonne santé. Un premier sujet affiche 45 µg/L, un deuxième 180, un troisième 90. D'un individu à l'autre, les valeurs sautent dans tous les sens : la variabilité individuelle est énorme.
Maintenant, changez de regard. Au lieu de considérer une personne, prenez un groupe de 25 personnes et calculez leur ferritine moyenne. Refaites l'opération sur un autre groupe de 25, puis un autre encore. Vous obtenez cette fois des nombres beaucoup plus resserrés : peut-être 96, 102, 99, 104…
C'est le fait central de tout ce chapitre : une moyenne bouge beaucoup moins qu'un individu isolé. Comprendre de combien elle bouge, c'est comprendre toute la statistique des moyennes.
02 · Pourquoi la moyenne se stabilise
L'intuition tient en une phrase : dans une moyenne, les écarts se compensent. Sur un groupe de 25 sujets, il y a de fortes chances que quelques valeurs élevées soient tempérées par quelques valeurs basses. Les extrêmes ne peuvent plus tirer le résultat tout seuls ; ils se neutralisent partiellement.
Plus le groupe est grand, plus cette compensation est efficace. Une moyenne sur 4 sujets reste sensible à un seul cas atypique ; une moyenne sur 400 l'ignore presque totalement.
03 · La distribution des moyennes
Supposons une population dont la pression artérielle systolique a pour moyenne mmHg et pour écart-type mmHg. Les individus, pris un à un, s'étalent largement : de 95 à 155 mmHg sans surprise.
Si vous tirez des échantillons de taille et que vous notez chaque fois la moyenne obtenue, ces moyennes dessinent à leur tour une distribution — centrée sur la même valeur , mais bien plus étroite. Et cette distribution des moyennes prend une forme régulière en cloche : la loi normale.
04 · L'erreur-standard : σ/√n
On mesure la largeur de la distribution des moyennes par son écart-type, appelé erreur-standard de la moyenne (ES). Sa formule est d'une simplicité remarquable :
où est l'écart-type des individus et la taille de l'échantillon.
Reprenons la pression artérielle ( mmHg). Pour sujets :
Les individus s'étalaient sur ±16 mmHg ; les moyennes d'échantillons de 64 sujets ne s'écartent plus que de ±2 mmHg autour de 125. La précision a été multipliée par 8.
05 · Le théorème central limite
Un détail magnifique se cache dans l'exemple : nous n'avons jamais eu besoin de supposer que la pression artérielle des individus suivait, elle, une loi normale.
C'est le théorème central limite : quelle que soit la forme de la distribution des individus — symétrique, asymétrique, à deux bosses —, la distribution des moyennes tend vers une loi normale dès que est suffisamment grand (en pratique, souvent suffit).
Autrement dit, la loi normale n'est pas une hypothèse à vérifier sur vos données brutes : c'est un cadeau que la moyenne fabrique elle-même. C'est ce qui rend les méthodes de ce chapitre si universelles.
06 · Piège classique
07 · À retenir
- Une moyenne fluctue beaucoup moins qu'un individu, car les écarts se compensent.
- La dispersion des moyennes se mesure par l'erreur-standard : .
- Pour diviser l'erreur-standard par 2, il faut quadrupler l'effectif (rôle du ).
- Théorème central limite : la moyenne suit approximativement une loi normale même si les individus ne le font pas, dès que est assez grand.
- Ne pas confondre écart-type (variabilité des sujets) et erreur-standard (précision de la moyenne).
QCM · épreuve 1
QCM
Q1. La glycémie à jeun d'une population a un écart-type de 0,12 g/L. Quelle est l'erreur-standard de la moyenne pour un échantillon de 36 sujets ?
Q2. Que dit, en substance, le théorème central limite ?