Deux variables qualitatives
Précision d'un pourcentage : l'intervalle de confiance
Encadrer la vraie proportion à partir d'une fréquence observée, et en déduire le nombre de sujets nécessaire.
01 · Renverser la question du test
Les chapitres précédents partaient d'une proportion vraie connue ( ou ) pour prévoir les fluctuations de . En pratique, c'est l'inverse : on observe et l'on ignore .
Un exemple. Un service teste la tolérance d'un nouveau médicament : sur 300 patients, 45 signalent un effet indésirable, soit , c'est-à-dire 15 %.
Annoncer « 15 % » tout court serait malhonnête : ce chiffre repose sur un échantillon et aurait été un peu différent avec 300 autres patients. La vraie question n'est pas « combien exactement ? » mais « dans quelle fourchette se trouve raisonnablement la vraie proportion ? ». Cette fourchette est l'intervalle de confiance.
02 · Construire l'intervalle à 95 %
Le raisonnement reprend l'écart-réduit. On sait que tombe à moins de 1,96 écart-type de dans 95 % des échantillons. En renversant cette phrase, on encadre autour de . Comme on ne connaît pas , on estime l'écart-type avec la fréquence observée elle-même :
La quantité est l'erreur-standard estimée ; le facteur 1,96 fixe le niveau de confiance à 95 %.
Sur nos 300 patients :
La vraie fréquence d'effets indésirables se situe vraisemblablement entre 11 % et 19 %. La demi-largeur, 4 points, est la précision de l'estimation.
03 · Ce que l'intervalle veut (et ne veut pas) dire
L'interprétation correcte porte sur la méthode, pas sur un intervalle unique : « si l'on répétait l'étude un grand nombre de fois, 95 % des intervalles ainsi construits contiendraient la vraie proportion ».
04 · Lien avec le test, et rôle de la largeur
Intervalle de confiance et test disent presque la même chose sous deux angles. En règle générale, si une valeur théorique tombe en dehors de l'IC à 95 %, le test bilatéral de « » est significatif à 5 % — et réciproquement. L'équivalence n'est toutefois pas exacte pour un pourcentage : l'IC estime l'erreur-standard sur la fréquence observée , alors que le test l'estime sous sur . Au voisinage d'une borne, les deux peuvent donc diverger.
Ainsi, notre IC exclut par exemple 8 % : comparer nos 15 % à une référence de 8 % donnerait un test significatif. Il inclut en revanche 13 % : une référence de 13 % serait compatible avec nos données.
La largeur de l'intervalle mesure la précision, et elle dépend de sous la racine. Pour diviser la largeur par deux, il faut quadrupler l'effectif : la précision se paie cher.
05 · Combien de sujets pour la précision voulue ?
On peut retourner la formule avant l'étude pour dimensionner l'échantillon. Si l'on vise une demi-largeur (précision souhaitée) autour d'une proportion attendue :
Supposons que l'on veuille estimer notre taux d'effets indésirables (attendu autour de 15 %) à ± 3 points près () :
Il faudrait environ 545 patients. Quand on n'a aucune idée de , on prend le cas le plus défavorable (qui maximise ), ce qui gonfle l'effectif requis.
06 · À retenir
- Un pourcentage observé s'accompagne toujours de son intervalle de confiance : .
- L'IC à 95 % encadre la vraie proportion ; l'interprétation porte sur la méthode : 95 % des intervalles ainsi construits contiennent .
- Il ne décrit ni la dispersion des individus, ni une probabilité attachée à l'intervalle une fois calculé.
- IC et test sont deux faces d'une même pièce : hors de l'IC ≈ test significatif à 5 % (équivalence non exacte pour un pourcentage — voir plus haut).
- Diviser la largeur par 2 exige de quadrupler ; on dimensionne l'étude avec .
QCM · épreuve 1
QCM
Q1. L'intervalle de confiance à 95 % d'un pourcentage f observé sur n sujets est environ :
Q2. Un IC à 95 % de [11 % ; 19 %] signifie que :
Q3. Pour diviser par deux la largeur d'un intervalle de confiance, il faut environ :