Dans une population, la prévalence vraie d'un caractère est p = 0,20. Sur un échantillon de n = 100 sujets, quel est l'écart-type de la fréquence observée ?
Deux variables qualitatives
Fluctuations d'échantillonnage d'un pourcentage : l'écart-réduit
Pourquoi une fréquence observée danse autour de la vraie proportion, et comment l'écart-réduit mesure cette danse.
01 · Une même population, des échantillons qui dansent
Imaginez une immense population de bactéries dont exactement 20 % résistent à un antibiotique. Ce chiffre, 20 %, est une vérité fixe de la population : on l'appelle .
Vous ne pouvez pas examiner toutes les bactéries. Vous prélevez donc un échantillon, disons 400 colonies, et vous comptez celles qui résistent. Vous trouvez peut-être 78 résistantes, soit 19,5 %. Un collègue refait la même expérience et trouve 85 résistantes, soit 21,25 %. Un troisième trouve 76, soit 19 %.
Aucun ne s'est trompé. Chacun a simplement tiré un échantillon parmi une infinité d'échantillons possibles. La fréquence observée change d'un tirage à l'autre : elle fluctue autour de la vraie valeur . C'est la fluctuation d'échantillonnage.
La question de tout ce chapitre est simple : de combien a-t-elle le droit de s'écarter de par le seul jeu du hasard ?
02 · L'écart-type d'une fréquence
La théorie donne une réponse remarquablement nette. Si l'on répétait le tirage un très grand nombre de fois, les fréquences observées se répartiraient autour de avec un écart-type :
Deux enseignements y sont cachés.
D'abord, plus l'échantillon est grand, plus colle à : est au dénominateur, sous la racine. Quadrupler divise l'écart-type par 2 — il faut donc quatre fois plus de sujets pour être deux fois plus précis.
Ensuite, la dispersion dépend de lui-même : elle est maximale autour de et se resserre vers les valeurs extrêmes.
Reprenons nos bactéries : et .
L'écart-type vaut donc 2 points de pourcentage. Les fréquences observées se serrent autour de 20 %, la plupart entre 16 % et 24 %.
03 · L'écart-réduit : compter en écarts-types
Un écart de « 3 points de pourcentage » est-il beaucoup ? Impossible de répondre dans l'absolu : tout dépend de l'écart-type. La bonne idée est de mesurer l'écart en nombre d'écarts-types. C'est l'écart-réduit, noté :
Le numérateur est l'écart brut ; le dénominateur est l'unité de mesure naturelle de cet écart. Le résultat est un nombre sans dimension : « est à écarts-types de ».
Sur nos bactéries, supposons un laboratoire qui observe (100 résistantes sur 400) :
La fréquence observée est à 2,5 écarts-types au-dessus de la valeur attendue. Le graphique traduit cet écart-réduit sur la courbe des fluctuations possibles.
04 · D'où vient le fameux 1,96 ?
Dès que est un peu grand, l'écart-réduit suit approximativement une loi normale centrée sur 0, d'écart-type 1. Le nombre 1,96 n'a alors rien d'arbitraire : on peut le retrouver pas à pas.
1. L'aire sous la cloche vaut 1, soit 100 % des tirages possibles. Chaque tranche d'aire est une probabilité.
2. On veut encadrer les 95 % de tirages les plus banals. Il faut donc laisser 5 % de côté — les plus extrêmes. Comme la cloche est symétrique, on partage ces 5 % en deux queues égales : 2,5 % à droite et 2,5 % à gauche.
3. On lit dans la table de la loi normale la valeur qui laisse exactement 2,5 % au-delà d'elle : c'est 1,96. Par symétrie, 2,5 % se trouvent aussi en dessous de . Entre les deux : . Voilà le nombre.
C'est pourquoi « 95 % de confiance » et « risque de 5 % » sont les deux faces d'une même pièce : les 5 % abandonnés dans les queues sont précisément le risque de prendre une simple fluctuation pour un vrai écart. Le 1,96 n'est donc que le repère du niveau 95 %. Exigez une autre garantie, et il change :
| Niveau de confiance | Risque toléré (bilatéral) | Valeur seuil |
|---|---|---|
| 90 % | 10 % | 1,64 |
| 95 % | 5 % | 1,96 |
| 99 % | 1 % | 2,58 |
Plus on veut être sûr de ne pas se tromper, plus on doit élargir l'intervalle : le seuil grimpe. Vous pouvez le vérifier sur le schéma du chapitre B‑1 (loi normale) en amenant les bornes à : l'aire hachurée affiche bien 95 %.
Conséquence : si n'est qu'une fluctuation autour de , son écart-réduit ne dépasse 1,96 en valeur absolue qu'une fois sur vingt. Nos franchit ce repère : l'écart entre 25 % et 20 % est difficile à mettre sur le seul compte du hasard — c'est exactement ce raisonnement que le chapitre suivant transformera en test.
05 · Le piège du petit échantillon
Autre confusion fréquente : ne pas mélanger l'écart-type de la fréquence, , avec l'écart-type des individus. Ici chaque bactérie ne prend que deux états (résistante ou non) ; ce qui nous intéresse est la dispersion de la fréquence, pas celle d'une mesure continue.
06 · À retenir
- Une fréquence observée fluctue autour de la vraie proportion ; c'est la fluctuation d'échantillonnage, pas une erreur.
- L'écart-type de vaut : la précision augmente comme (quatre fois plus de sujets pour deux fois plus de précision).
- L'écart-réduit exprime l'écart en nombre d'écarts-types.
- suit approximativement une loi normale ; 95 % des fluctuations tiennent entre −1,96 et +1,96.
- Un signale un écart peu compatible avec le seul hasard — à condition que et dépassent 5.
QCM · épreuve 1
QCM
Q1. Pour une proportion vraie p et un échantillon de taille n, l'écart-type de la fréquence observée f vaut :
Q2. On calcule un écart-réduit z = 2,6. Au repère habituel de 1,96, on retient l'idée que :
Q3. Si l'on multiplie la taille de l'échantillon par 4, l'écart-type de f est :
Exercices d'application