Pharmacologie

Médicaments & effets indésirables

Non pas une liste à apprendre par cœur, mais le « pourquoi » physiologique de chaque effet indésirable. Comprendre le mécanisme (l'IEC bloque la dégradation de la bradykinine → toux) ancre l'effet bien mieux qu'un tableau. 29 classes, 105 effets expliqués.

29 classes

Inhibiteurs de l'enzyme de conversion (IEC)

énalapril, ramipril, périndopril

Cours →
  • Toux sèche L'IEC bloque aussi la dégradation de la bradykinine, qui s'accumule et irrite les voies respiratoires.
  • Angio-œdème Accumulation de bradykinine (vasodilatatrice, augmente la perméabilité) — urgence, arrêt définitif.
  • Hyperkaliémie Moins d'angiotensine II → moins d'aldostérone → le rein retient le potassium.
  • Insuffisance rénale fonctionnelle L'angiotensine II maintient la filtration en contractant l'artériole efférente ; la bloquer fait chuter la pression de filtration (grave si sténose bilatérale des artères rénales).
  • Tératogénicité Toxicité rénale fœtale : contre-indiqués pendant la grossesse.

Antagonistes des récepteurs de l'angiotensine II (ARA2/sartans)

losartan, valsartan, candésartan

Cours →
  • Pas de toux (contrairement aux IEC) Ils bloquent le récepteur AT1 sans toucher à la bradykinine — d'où l'absence de toux.
  • Hyperkaliémie Même voie : moins d'effet de l'angiotensine II → moins d'aldostérone.
  • Insuffisance rénale fonctionnelle Perte de la vasoconstriction de l'artériole efférente.
  • Tératogénicité Comme les IEC : contre-indiqués pendant la grossesse.

Bêta-bloquants

aténolol, bisoprolol, propranolol

Cours →
  • Bronchospasme Blocage des récepteurs β2 bronchiques (bronchodilatateurs) → bronchoconstriction ; prudence/CI dans l'asthme.
  • Bradycardie, bloc auriculo-ventriculaire Blocage des récepteurs β1 cardiaques → ralentissement de la fréquence et de la conduction.
  • Masque l'hypoglycémie Les signes d'alerte (tremblements, tachycardie) sont adrénergiques β : ils disparaissent sous bêta-bloquant.
  • Extrémités froides Perte de la vasodilatation β2 → vasoconstriction périphérique.
  • Effet rebond à l'arrêt brutal Up-regulation des récepteurs β : leur re-stimulation brutale majore le risque coronarien.

Diurétiques thiazidiques

hydrochlorothiazide, indapamide

Cours →
  • Hypokaliémie Plus de sodium arrive au tube distal → il est échangé contre du potassium, qui est éliminé.
  • Hyponatrémie Perte de sodium ; fréquente chez le sujet âgé.
  • Hyperuricémie (goutte) Compétition avec l'acide urique pour la sécrétion tubulaire → il est moins éliminé.
  • Hyperglycémie L'hypokaliémie réduit la sécrétion d'insuline.
  • Hypercalcémie Les thiazidiques diminuent la calciurie (à l'inverse des diurétiques de l'anse).

Diurétiques de l'anse

furosémide, bumétanide

Cours →
  • Hypokaliémie Même mécanisme distal que les thiazidiques (échange Na/K accru).
  • Hypocalcémie Ils augmentent la calciurie (bloquent la réabsorption du calcium dans l'anse).
  • Ototoxicité À forte dose/perfusion rapide, atteinte de l'oreille interne (souvent réversible).
  • Déshydratation, alcalose métabolique Diurèse puissante avec pertes de H+ et de chlore.

Anti-aldostérone / épargneurs de potassium

spironolactone, éplérénone, amiloride

Cours →
  • Hyperkaliémie Blocage de l'aldostérone → le rein retient le potassium (danger si associé aux IEC/ARA2).
  • Gynécomastie (spironolactone) Effet anti-androgène de la spironolactone sur les récepteurs stéroïdiens.

Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS)

ibuprofène, kétoprofène, diclofénac

Cours →
  • Ulcère gastroduodénal Blocage de COX-1 → moins de prostaglandines qui protègent la muqueuse gastrique (mucus, bicarbonates).
  • Insuffisance rénale aiguë Les prostaglandines dilatent l'artériole afférente ; les bloquer fait chuter la filtration (surtout si déshydratation, IEC associés).
  • Rétention hydrosodée, HTA, œdèmes Moins de prostaglandines rénales → rétention de sodium et d'eau.
  • Risque cardiovasculaire (thrombotique) Déséquilibre entre thromboxane (pro-agrégant) et prostacycline (anti-agrégant).
  • Bronchospasme (asthme à l'aspirine) Le blocage de COX dévie l'acide arachidonique vers les leucotriènes bronchoconstricteurs.

Corticoïdes (systémiques)

prednisone, prednisolone, dexaméthasone

Cours →
  • Diabète cortico-induit Stimulation de la néoglucogenèse hépatique et insulinorésistance → hyperglycémie.
  • Ostéoporose Inhibition des ostéoblastes et diminution de l'absorption du calcium → perte osseuse.
  • HTA, œdèmes, hypokaliémie Effet minéralocorticoïde résiduel : rétention de sodium/eau, fuite de potassium.
  • Infections Immunosuppression (baisse de l'immunité cellulaire) : réactivation d'infections latentes.
  • Syndrome cushingoïde, amyotrophie Excès de cortisol : obésité facio-tronculaire, catabolisme musculaire.
  • Insuffisance surrénale à l'arrêt brutal Le cortisol exogène freine l'axe corticotrope ; l'arrêt brutal démasque une insuffisance surrénale (décroissance progressive obligatoire).

Opioïdes

morphine, oxycodone, fentanyl

Cours →
  • Dépression respiratoire Agonisme des récepteurs µ du tronc cérébral → baisse de la sensibilité au CO2 (antidote : naloxone).
  • Constipation Récepteurs µ du tube digestif : ralentissement du transit (pas de tolérance : constipation persistante).
  • Myosis Stimulation du noyau parasympathique de l'oculomoteur.
  • Nausées, vomissements Stimulation de la zone gâchette chémoréceptrice.
  • Dépendance et tolérance Adaptation des récepteurs à l'exposition répétée.

Paracétamol

paracétamol

Cours →
  • Hépatotoxicité (en surdosage) En excès, la voie normale sature et un métabolite toxique (NAPQI) s'accumule ; il épuise le glutathion et détruit les hépatocytes (antidote : N-acétylcystéine).

Statines

atorvastatine, rosuvastatine, simvastatine

Cours →
  • Myalgies, rhabdomyolyse Atteinte du muscle strié (baisse de la synthèse de coenzyme Q10) ; risque majoré par les inhibiteurs du CYP3A4.
  • Cytolyse hépatique Élévation des transaminases dose-dépendante (surveillance).

Metformine (biguanide)

metformine

Cours →
  • Troubles digestifs Effet local intestinal (diarrhée, nausées) ; introduction progressive.
  • Acidose lactique Inhibition de la néoglucogenèse hépatique → accumulation de lactate ; rare mais grave si insuffisance rénale ou hypoxie (à arrêter avant une injection de produit de contraste).
  • Carence en vitamine B12 Diminution de l'absorption iléale de la B12.

Sulfamides hypoglycémiants

glibenclamide, gliclazide

Cours →
  • Hypoglycémie Stimulation de la sécrétion d'insuline indépendante du glucose → risque même à jeun (surtout sujet âgé, insuffisance rénale).
  • Prise de poids Effet anabolisant de l'insuline sécrétée.

Gliflozines (inhibiteurs de SGLT2)

dapagliflozine, empagliflozine

Cours →
  • Infections génito-urinaires (mycoses) La glycosurie provoquée crée un milieu sucré favorable aux micro-organismes.
  • Acidocétose euglycémique Bascule vers la lipolyse et la cétogenèse malgré une glycémie peu élevée.
  • Déshydratation, hypotension Effet diurétique osmotique de la glycosurie.

Aminosides

gentamicine, amikacine, tobramycine

Cours →
  • Néphrotoxicité Accumulation dans les cellules du tube proximal (souvent réversible) ; surveillance de la fonction rénale.
  • Ototoxicité Accumulation dans l'endolymphe et atteinte des cellules ciliées cochléo-vestibulaires (souvent irréversible).
  • Bloc neuromusculaire Diminution de la libération d'acétylcholine → contre-indiqués dans la myasthénie.

Bêta-lactamines

amoxicilline, céfotaxime, imipénème

Cours →
  • Allergie (jusqu'au choc anaphylactique) Hypersensibilité IgE-dépendante ; allergie parfois croisée pénicillines/céphalosporines.
  • Éruption à l'amoxicilline dans la MNI Éruption maculopapuleuse non allergique lors d'une mononucléose (EBV) — piège classique.
  • Diarrhée, colite à C. difficile Déséquilibre de la flore intestinale (dysbiose).
  • Convulsions (fortes doses) Effet pro-convulsivant, surtout à forte dose et en insuffisance rénale (accumulation).

Glycopeptides

vancomycine, teicoplanine

Cours →
  • Red man syndrome Libération d'histamine si la perfusion est trop rapide (érythème, prurit) — ralentir la perfusion.
  • Néphrotoxicité Toxicité tubulaire dose-dépendante (suivi des concentrations résiduelles).
  • Ototoxicité Atteinte cochléaire à forte exposition.

Fluoroquinolones

ciprofloxacine, lévofloxacine, ofloxacine

Cours →
  • Tendinopathie, rupture du tendon d'Achille Toxicité sur le collagène tendineux (risque majoré par les corticoïdes, l'âge).
  • Photosensibilité La molécule photosensibilise la peau exposée au soleil.
  • Allongement du QT Blocage des canaux potassiques cardiaques → risque de torsades de pointes.
  • Anévrisme/dissection aortique Fragilisation du tissu conjonctif de la paroi aortique (mise en garde).
  • Contre-indication enfant/grossesse Toxicité sur le cartilage de croissance.

Cyclines

doxycycline, minocycline

Cours →
  • Coloration/hypoplasie dentaire Chélation du calcium et dépôt dans l'os et les dents en formation → contre-indiquées chez l'enfant < 8 ans et la femme enceinte.
  • Photosensibilité Photosensibilisation cutanée.
  • Troubles digestifs, œsophagite Irritation locale (à prendre avec un grand verre d'eau, en position assise).

Macrolides

azithromycine, clarithromycine, érythromycine

Cours →
  • Allongement du QT Blocage des canaux potassiques → risque de torsades de pointes.
  • Interactions médicamenteuses Inhibition du CYP3A4 → augmentation des concentrations d'autres médicaments (statines, immunosuppresseurs…).
  • Troubles digestifs Agonisme des récepteurs de la motiline (surtout érythromycine) → accélération du transit.

Antituberculeux

isoniazide, rifampicine, éthambutol, pyrazinamide

Cours →
  • Isoniazide → neuropathie périphérique Interférence avec la vitamine B6 (pyridoxine) → supplémentation préventive.
  • Rifampicine → coloration orange, inducteur enzymatique Colore les sécrétions (urines, larmes) ; induit les CYP → baisse d'efficacité des contraceptifs, AVK, etc.
  • Éthambutol → névrite optique Atteinte du nerf optique (dyschromatopsie rouge-vert) → surveillance ophtalmologique.
  • Pyrazinamide → hyperuricémie Diminution de l'élimination rénale de l'acide urique ; hépatotoxique aussi.

Antipsychotiques (neuroleptiques)

halopéridol, rispéridone, olanzapine, clozapine

Cours →
  • Syndrome extrapyramidal Blocage des récepteurs D2 de la voie nigrostriée (motricité) → syndrome parkinsonien, dyskinésies.
  • Hyperprolactinémie Blocage D2 de la voie tubéro-infundibulaire : la dopamine freine normalement la prolactine.
  • Syndrome métabolique (atypiques) Prise de poids, diabète, dyslipidémie (surtout olanzapine, clozapine).
  • Syndrome malin des neuroleptiques Réaction idiosyncrasique : hyperthermie, rigidité, CPK élevées — urgence.
  • Agranulocytose (clozapine) Toxicité médullaire imposant une surveillance de la NFS.

Lithium (thymorégulateur)

carbonate de lithium

Cours →
  • Marge thérapeutique étroite (surdosage) Tremblements, troubles digestifs puis neurologiques ; suivi de la lithémie indispensable.
  • Hypothyroïdie Inhibition de la synthèse et de la libération des hormones thyroïdiennes.
  • Diabète insipide néphrogénique Résistance du rein à l'ADH → polyurie.
  • Tératogénicité Risque de malformation cardiaque (anomalie d'Ebstein).

Anticoagulants (héparines, AVK)

héparine, énoxaparine, warfarine, fluindione

Cours →
  • Hémorragie Effet pharmacologique excessif ; surveillance (TCA/anti-Xa pour l'héparine, INR pour les AVK).
  • TIH (thrombopénie induite par l'héparine) Anticorps anti-PF4 activant les plaquettes → thromboses paradoxales ; arrêt de l'héparine.
  • AVK : tératogénicité Embryopathie ; contre-indiqués pendant la grossesse (relais par héparine).
  • AVK : nécrose cutanée À l'instauration, baisse initiale de la protéine C (anticoagulante) avant les facteurs procoagulants.

Amiodarone (antiarythmique)

amiodarone

Cours →
  • Dysthyroïdie (hypo ou hyper) Molécule très riche en iode, qui perturbe la fonction thyroïdienne.
  • Fibrose pulmonaire Toxicité pulmonaire (dépôts) ; toux, dyspnée à surveiller.
  • Dépôts cornéens, photosensibilité (peau ardoisée) Accumulation tissulaire (molécule lipophile à très longue demi-vie).
  • Allongement du QT, bradycardie Effet de classe III (blocage des canaux potassiques).

Digitaliques (digoxine)

digoxine

Cours →
  • Troubles du rythme et de la conduction Marge thérapeutique étroite ; l'hypokaliémie augmente la fixation de la digoxine et sa toxicité.
  • Troubles digestifs et visuels (dyschromatopsie) Signes précoces de surdosage (nausées, vision colorée en jaune-vert).

Méthotrexate

méthotrexate

Cours →
  • Toxicité hématologique et muqueuse Antifolique : blocage de la synthèse de l'ADN dans les cellules à renouvellement rapide (moelle, muqueuses) ; sauvetage par acide folinique.
  • Hépatotoxicité, pneumopathie Toxicité d'organe cumulative (surveillance).
  • Tératogénicité Contre-indiqué pendant la grossesse (antifolique).

Antithyroïdiens de synthèse

carbimazole, thiamazole, propylthiouracile

Cours →
  • Agranulocytose Toxicité médullaire brutale → toute fièvre/angine impose une NFS en urgence et l'arrêt.
  • Hépatotoxicité Atteinte hépatique possible (surveillance).

Immunosuppresseurs (anticalcineurines)

ciclosporine, tacrolimus

Cours →
  • Néphrotoxicité Vasoconstriction rénale → surveillance de la fonction rénale et des concentrations.
  • HTA, tremblements Effets neuro-vasculaires de classe.
  • Hypertrophie gingivale, hirsutisme (ciclosporine) Effets tissulaires propres à la ciclosporine.
  • Diabète (tacrolimus) Toxicité sur la cellule bêta pancréatique.
Contenu pédagogique original · CC BY-SA 4.0 — réutilisable, y compris en enseignement, à condition de citer l'auteur et de partager aux mêmes conditions. Le code du site reste sous licence MIT. Écrit et maintenu par Racym Berrah, PharmD, doctorant en pharmacologie · ORCID · Une erreur ? Signalez-la
Support de révision — ne remplace pas les référentiels officiels ni un avis médical.